Deux sœurs (David Foenkinos)

C’est le dernier roman en date de David Foenkinos (il est sorti en février 2019) et une amie m’en a fait cadeau parce qu’elle sait à quel point j’apprécie la lecture des œuvres de cet écrivain. Le roman Deux soeurs n’a pas dérogé à la règle: je l’ai lu très rapidement, en quelques heures à peine.

On retrouve le « style Foenkinos » aussi bien dans la construction des chapitres que dans la douceur de l’écriture. Qu’est-ce que le « style Foenkinos »?, me demanderez-vous. Eh bien, c’est un style raffiné, poétique, et simple. Certains préfèrent les longues phrases alambiquées et pompeuses mais moi, le « style Foenkinos » me convient bien.

Une fois de plus, l’auteur réussit à créer des personnages consistants, des héroïnes qui nous ressemblent. Toute femme ayant déjà connu une rupture amoureuse difficile s’identifiera facilement à Mathilde. Mais, – car il y a un « mais » -, la fin du roman ne m’a pas plu. On a l’impression que l’auteur s’essaye à un genre nouveau mais il le fait sur les cinquante dernières pages du roman et ça, c’est dérangeant. On ne peut pas soudain basculer dans le thriller alors qu’on pensait avoir un roman psychologique entre les mains.

Résumé:

Mathilde, une jeune prof de Français, est très heureuse avec Étienne, l’homme qui partage sa vie depuis cinq ans. Au cours de leurs dernières vacances en Croatie, ils ont même parlé mariage. Aussi Mathilde est prise au dépourvu quand Étienne rompt avec elle par ces simples mots: « Je vais quitter l’appartement » (éditions Gallimard, p.17).

La jeune femme est effondrée: elle ne réalise pas ce qui lui arrive. Elle pense tout d’abord qu’Étienne va revenir. Mais, quand elle apprend les raisons de la rupture par le meilleur ami d’Étienne, elle comprend que ça n’arrivera pas: Étienne est retourné avec son ex-compagne Iris, fraîchement débarquée d’Australie.

Seul son travail d’enseignante la maintient encore en vie car elle est entièrement dévouée à ses élèves: « … elle éprouvait une réelle empathie pour eux; elle ne se considérait pas comme une sorte de guide à suivre mais, au contraire, comme une passagère de leur avenir […] Elle n’aimait pas l’idée de créer une distance, ce que certains collègues lui recommandaient parfois, pour ne pas se laisser « bouffer ». Elle était ainsi, voilà tout » (p.57). Mais, un jour, alors qu’elle croit entendre l’un de ses élèves prononcer le prénom « Iris », elle perd la tête et gifle le garçon. Elle est donc mise à pied et se retrouve sans travail en attendant d’être réaffectée ailleurs.

Mathilde est alors soutenue par sa sœur Agathe, qui lui offre même l’hospitalité. Mais, petit à petit, la jalousie de Mathilde à l’égard de sa sœur grandit: elle envie sa vie de famille et sa relation avec son époux Frédéric. La vie de Mathilde se déroule dans la plus horrible morosité jusqu’à ce qu’elle trouve un nouveau centre d’intérêt en la personne de Frédéric, ce qui la pousse à la plus absurde des folies.

Conclusion:

La partie sur la souffrance post-rupture de Mathilde sonne incroyablement juste: toutes les étapes du deuil y sont décrites avec une extrême précision. « Il n’y avait rien à faire. Le coeur de l’autre est un royaume impossible à gouverner. Il faut se taire et accepter. Ou, éventuellement, mourir » (p.65).

Quand on est quitté alors qu’on aime l’autre d’un amour inconditionnel, il est difficile de se relever et c’est exactement ce que montre l’auteur dans ce roman. Mais… ce n’est pas parce qu’on est inconsolable qu’on devient fou (au sens premier du terme). Mathilde, elle, perd complètement la raison. Elle devient une autre personne et l basculement est dur à saisir.

L’auteur avait donc tout bon avec ce roman jusqu’au moment où il a décidé de faire de son héroïne une femme obsessionnelle et dérangée. Il y a des codes dans la littérature et ici, la transgression m’a choquée. Si l’auteur avait voulu s’essayer au thriller, il aurait fallu que le lecteur le sache avant même d’ouvrir le roman. Quand vous tenez un livre d’Harlan Coben entre les mains, vous savez dans quel genre d’histoire vous vous lancez. Avec Deux sœurs, ce n’est pas le cas. Je veux bien admettre que David Foenkinos ait choisi de s’éloigner de son genre littéraire de prédilection mais, selon moi, il n’aurait pas dû pas le faire en cours de roman.

Mon ressenti sur Deux sœurs est donc mitigé: j’aime toujours autant le style Foenkinos mais la fin du récit m’a un peu déçue. C’est toutefois un roman assez prenant et agréable à lire.

Citations:

« Pendant toute l’après-midi, Mathilde avait repensé à cette expression: nager dans le bonheur. Que se passe-t-il quand on atteint le rivage? » (p.31)

« Elle voulut mourir. Pour la première fois, cette pensée était concrète. Pas des mots en l’air. Se jeter par la fenêtre, prendre des cachets, se pendre avec un foulard. Elle se perdait dans le dédale morbide des possibilités. Pourtant, plus elle réfléchissait, plus elle savait qu’elle n’aurait jamais le courage d’agir. Elle allait vivre. Elle allait vivre avec ce poids démesuré sur le cœur » (p.48).

Publicités

L’offense (Ricardo Menéndez Salmon)

Résultat de recherche d'images pour "l'offense ricardo menendez salmon"Ce court roman de l’écrivain espagnol Ricardo Menéndez Salmon se lit plutôt bientôt. Le style est particulier mais le cadre spatio-temporel est intéressant. L’auteur nous fait plonger dans l’horreur de la deuxième guerre mondiale et, cette fois-ci, c’est du côté de la Wehrmacht que l’on se trouve.

C’est donc d’un point de vue différent que nous découvrons cette guerre qui plaça l’Allemagne nazie au centre des regards. Le plus surprenant toutefois dans ce récit, c’est que le narrateur annonce sans cesse au lecteur ce qui va se passer. Le suspense réside donc dans la façon dont les évènements vont se dérouler. Ce roman fonctionne donc beaucoup sur le mode de la prolespe, ce qui peut parfois dérouter.

Résumé:

Kurt Crüwell, un jeune allemand de 24 ans, est promis à un avenir de tailleur. Il rêve d’une vie simple aux côtés de sa famille et de sa petite amie juive, Rachel Pinkus. Mais, il est appelé sous les drapeaux et doit rapidement quitter tout ce qu’il connaît pour servir l’armée allemande. « Tente de toujours rester à l’arrière, commença par dire Joachim Crüwell. L’héroïsme a été inventé pour ceux qui manquent d’avenir […] Tente de te rendre invisible aux yeux de tes supérieurs, continua Joachim Crüwell. Souviens-toi que tu n’es qu’un tailleur, pas un soldat » (éditions Actes Sud, p.23-24).

Or, Kurt finit bien par se faire remarquer en tant qu’agile conducteur et il devient le chauffeur du Hauptmann Löwitsch. En 1940, l’armée allemande envahit la France et Kurt participe aux opérations.

En 1941, alors que son campement se trouve près de Morlaix, quatre hommes d’une patrouille de vigilance allemande sont sauvagement assassinés par des résistants français. La réponse allemande ne se fait pas attendre: le Hauptmann Löwitsch rassemble tous les habitants du village de Mieux sur place centrale. Ses soldats commencent par exécuter les hommes du village un à un puis, ils enferment tous les habitants dans l’église et y mettent le feu.

Kurt est traumatisé par cet évènement au point qu’il en perd toute sensibilité physique: « Face aux agressions du monde, le corps se protège. Un bacille active ses défenses; une averse hérisse les poils sur les bras, la nuque et les jambes […] Mais qu’en est-il de l’horreur? Comment réagit le corps d’un homme en présence de l’horreur? » (p.57). Pour Kurt, la réponse est simple: son corps a « abdiqué ».

Son cas fascine alors le Dr Jean-Jacques Lasalle qui le prend en charge au sanatorium de Notre-Dame de Rocamadour. Le médecin l’observe évoluer et se rapprocher d’une infirmière, Ermelinde. Malgré son insensibilité, Kurt entame une liaison avec la jeune femme.

Le Dr Lasalle pousse Kurt et Ermelinde à fuir quand des représailles françaises sont menés contre les patients allemands du sanatorium. Le couple part alors en Angleterre et Kurt laisse derrière lui son passé allemand.

En 1946, son passé dans l’armée allemande le rattrape pourtant alors qu’il mène une vie rangée aux côtés d’Ermelinde enceinte de leur premier enfant. Un jour qu’il se trouve sur son lieu de travail (il est gardien au cimetière de Highgate), il entend un groupe d’individus prononcer le mot allemand « schneider » qui signifie « tailleur ». Il suit le petit groupe jusqu’à une bâtisse et va revivre malgré lui la tuerie qui eut lieu dans le petit village français de Mieux.

Conclusion:

Les nombreuses prolepses peuvent être dérangeantes à mon sens: on n’a pas forcément envie de savoir à l’avance ce qui va arriver à tel ou tel personnage. Le récit est toutefois assez prenant car il nous plonge véritablement dans l’une des périodes les plus sombres de l’Histoire. Les détails de certains évènements sont d’ailleurs saisissants.

Quel est le message que cherche à faire passer l’auteur à travers ce court roman? Je dirais qu’il y en a deux: l’horreur peut être partout et elle n’a pas de limites; le passé finit toujours par rattraper même les individus les plus endurants qui le fuient en courant. Kurt faisait partie intégrante de l’armée allemande et il a été traumatisé par la violence à laquelle il a assisté. Et cette violence l’a rattrapé. On comprend en effet qu’on n’est jamais réellement simple spectateur de l’horreur. Kurt, acteur certes malgré lui du massacre d’individus innocents, en a payé le prix.

Néo-connerie

Le groupe rend foncièrement stupide. Pour expliquer cette brève affirmation qui parait si péremptoire, il me faut vous raconter la situation que je vis en ce moment et qui me révolte au plus haut point.

J’enseigne la Culture générale dans un centre de formation depuis bientôt quatre ans. Cette année, un important problème avec l’un de mes groupes, des S.I.O (Services Informatiques aux Organisations) 2ème année a vu le jour. Trois jeunes de ce groupes (âgés de 20 ans et plus) se sont amusés à « improviser » une petite blague sur leur copie de BTS blanc. Le sujet portait sur la performance sportive et les trois plaisantins ont parlé des performances sexuelles de l’acteur porno Rocco Siffredi qu’il aurait améliorées grâce à une petite pilule bleue. Non que je ne sois pas ravie d’avoir en ma possession une telle information, je dois dire que cette super « blague » ne m’a pas beaucoup fait rire. Pendant deux mois, il y a eu un nombre incalculable d’histoires autour de cette affaire: les jeunes ont été convoqués, j’ai été convoquée par mes supérieurs je ne sais combien de fois etc. Les trois rigolos ont affirmé qu’ils ne s’étaient pas concertés pour écrire une telle chose sur leur copie puis, ils ont dit qu’ils en avaient parlé entre eux. J’ai même entendu la phrase suivante: « Apparemment, la référence [à Siffredi] était fortuite mais ils en ont discuté entre eux ». Comment expliquer à tous ces gens qu’à partir du moment où on se concerte pour faire quelque chose, ça n’a plus rien de fortuit?

L’affaire a donc pris des proportions incroyables au sein même de la classe, constituée de vingt jeunes hommes. Parmi ces 20 personnes, je dirais que 5 restent neutres et à l’écart de l’histoire, que 4 me soutiennent plus ou moins (enfin, plutôt moins que plus mais c’est déjà ça), et que les 11 autres me traitent de folle hystérique. Au départ, ils n’étaient que 3… Cette classe, c’est un peu l’hydre de Lerne: on coupe une tête monstrueuse et y en a deux qui poussent (le cauchemar absolu!).

Hercule et l’Hydre de Lerne

Le vrai problème, c’est que ces 11 personnes en question ignorent tout de la véritable affaire; ils ignorent les agissements de l’un des trois petits « rigolos » à mon égard. Ces agissements constituent des faits de harcèlement sexuel et moral qui sont allés assez loin. J’ai déposé une main courante contre la personne en question afin de me protéger d’éventuels agissements ultérieurs de sa part. J’ai refusé de déposer plainte (alors qu’on m’encourageait à le faire) pour ne pas compromettre les projets d’avenir de ce jeune de 20 ans qui me crache aujourd’hui ouvertement dessus. Il clame à qui veut l’entendre que j’ai déposé une main courante contre lui parce qu’il avait écrit Rocco Siffredi sur sa copie. Tout à fait plausible… Il est certain que la police aurait pris ma déclaration au sérieux pour une référence à Rocco Siffredi sur une copie! Pourtant, une grande majorité des gens le croient lui… Moi, je garde ma vérité pour moi concernant ce qu’il a fait et je laisse tous ces gens penser et crier assez fort pour que je l’entende que je suis « une folle hystérique ».

Ce n’est pas tout: j’ai découvert que le jeune en question était resté très ami avec un ancien élève du groupe faisant partie d’une mouvance extrémiste (pour ne pas dire néo-nazie). Quand on est aussi proche d’un individu qui tient des propos choquants et dégradants (que je vous épargnerai) à l’égard de toute personne qui n’a pas le teint blanc, les yeux bleus et les cheveux blonds, – individu que j’ai eu la chance d’avoir en classe pendant plus d’un an -, je crois bien qu’il est impossible de ne pas partager ses théories et idéologies. Je sais que pour ma part, je ne pourrai jamais m’associer à des personnes aussi haineuses sans être au préalable aussi haineuses qu’elles. Donc, en plus d’être mauvais et vindicatifs, ces jeunes sont profondément cons. C’est ce que j’appelle la « néo connerie ».

Ainsi, j’ai découvert cette année que certaines personnes pouvaient juger et calomnier tout en se trouvant dans une méconnaissance absolue de la personne qu’ils descendent ou de la situation dont ils parlent; j’ai appris que certaines pouvaient retourner leur veste simplement pour suivre le mouvement et cracher le venin qui les empoisonne eux-mêmes.

L’un des thèmes de cette année en Culture générale est « Seuls avec tous » et je comprends bien cette expression maintenant: je suis une femme censée enseigner à des jeunes hommes fermés et haineux en quoi consiste l’ouverture d’esprit. Ça ne fonctionne pas très bien, c’est le cas de le dire… C’est ça, être « seule avec tous »!

Honnêtement, j’espère ne jamais guérir de mon hystérie furieuse diagnostiquée par des pauvres types fielleux qui n’ont, de toute évidence, pas mieux à faire que de blablater sur une personne censée les aider à préparer leur diplôme (qu’ils passent dans trois mois et demi, d’ailleurs). Moins rassurant pour eux: leur néo-connerie me semble tout aussi incurable que ma « folie » avérée… C’est bien ballot, ça.

En finir avec Eddy Bellegueule (Édouard Louis)

C’est un collègue qui m’a d’abord parlé de ce récit autobiographique en m’en vantant les mérites. Il me l’a ensuite prêté et je l’ai lu, ne sachant pas si je réussirais à accrocher à une histoire qui se déroulait dans un milieu dont je ne connaissais finalement peu de choses: le milieu ouvrier du nord de la France. La réponse, je l’ai eue en quelques heures à peine: non seulement j’ai accroché mais en plus, j’ai réussi à m’identifier à l’auteur/narrateur/personnage principal, et ce pour bien des raisons.

Le récit d’Édouard Louis est touchant de vérité: il est cru, sans détours, mais il est authentique. Et, quand on le lit, on ne peut que réfléchir aux concepts de destin, de malheur/bonheur et de chance/malchance. Quand on découvre la jeunesse d’Édouard Louis, on ne peut que s’estimer heureux de sa propre enfance, aussi difficile a-t-elle été. Car celle du jeune homme n’a pas été difficile, non: elle a été traumatisante.

Résumé:

« De mon enfance je n’ai aucun souvenir heureux. Je ne veux pas dire que jamais, durant ces années, je n’ai éprouvé de sentiment de bonheur ou de joie. Simplement la souffrance est totalitaire: tout ce qui n’entre pas dans son système, elle le fait disparaître » (éditions du Seuil, p.13): c’est avec ces deux petites phrases qu’on entre dans la vie du jeune Eddy Bellegueule. Si ce début de vie est si malheureux, c’est parce qu’il est dénué d’amour.

Eddy Bellegueule vient d’une famille ouvrière de Picardie. Ses parents sont pauvres: son père travaille à l’usine et sa mère, elle, est « mère au foyer » comme elle se plaît à le dire. A cause des problèmes de dos de son père, c’est sa mère qui se retrouve à travailler et à « laver le cul des vieux ». Les parents d’Eddy vivent dans une maison presque insalubre avec leurs cinq enfants: pas de portes aux chambres, l’humidité qui ronge jusqu’aux lattes des lits etc.

La description du village dans lequel vit cette famille fait froid dans le dos: les gens travaillent à l’usine, boivent pour tuer le temps, se battent… et c’est à peu près tout. Il n’y a presque aucun moyen de sortir de cet endroit qui semble appartenir à une autre dimension.

Le pire est encore de loin le sort réservé à Eddy, qui ne parvient pas à gommer ses airs efféminés. Il est donc la cible de brutes qui le frappent et lui crachent dessus, mais aussi l’insultent: « Les injures se succédaient avec les coups, et mon silence, toujours. Pédale, pédé, tantouse, enculé, tarlouze, pédale douce… » (p.18)

Eddy Bellegueule doit réprimer une homosexualité dont il a pourtant toujours eu conscience. Assez tôt, il découvre la sexualité et ne parvient plus à cacher sa préférence même si pour faire plaisir à sa famille, il essaye de sortir avec des filles. Finalement, le jeune garçon finit par trouver une porte de sortie au malheur: la fuite. Il part étudier à Amiens, loin de sa famille qui l’empêche de vivre.

Conclusion:

Comment survit-on après une telle enfance? Comment s’en sort-on? Comment quitte-t-on le seul monde que l’on connaît pour partir à la découverte d’un autre? Où trouve-t-on la force pour chercher une vie meilleure?  Toutes ces questions, on se les pose inévitablement en lisant En finir avec Eddy Bellegueule.

Peut-être qu’on réussit à s’en sortir en quittant le lieu de son malheur et en changeant de nom comme il a su le faire en devenant Édouard Louis, laissant Eddy Bellegueule derrière lui; peut-être que l’instruction permet finalement bel et bien d’accéder à des sphères certainement plus riches en promesses; peut-être qu’avec une certaine force de caractère, on peut déplacer des montagnes.

J’aimerais finir cette chronique en citant un passage du livre qui m’a particulièrement touchée: « Il [son cousin Sylvain] avait compris que quiconque avait connu autant de difficultés pouvait éprouver le bonheur mieux que n’importe qui d’autre. Il avait compris que l’un n’existait que par rapport à l’autre et qu’il manquait quelque chose à ces gens qui ne connaissent que le confort sans jamais éprouver le besoin ou l’humiliation. Comme si ceux-là n’avaient pas vraiment vécu »(p.120). C’est tellement vrai…

Le mystère Henri Pick (David Foenkinos)

Résultat de recherche d'images pour "le mystère henri pick"Ça fait un certain temps que je n’ai rien écrit ici, et ce n’est pas par manque d’envie. C’est surtout que ça fait un certain temps que je n’ai pas lu ou pris le temps d’ouvrir un livre. Moi, l’avide lectrice d’antan, j’ai arrêté de lire. Je crois qu’il y a des périodes comme ça, dans la vie… Des périodes où l’esprit est trop occupé ou préoccupé ailleurs pour réussir à se concentrer sur quoi que ce soit. Mais ça y est, je me suis enfin remise à la lecture et c’est avec un roman de David Foenkinos (un de plus) que j’ai réussi à le faire.

L’écriture de David Foenkinos me parle. L’intrigue de ce roman me parle, tout comme les personnages me parlent… J’ai beaucoup aimé lire Le mystère Henri Pick. Ce livre m’a permis de m’évader et d’oublier certaines réalités: je crois bien que c’est tout ce qu’on demande à un bon roman.

Résumé:

A Crozon, Jean-Pierre Gourvec a créé, sur l’inspiration d’un écrivain américain,  un coin « bibliothèque des livres refusés » dans lequel les manuscrits d’auteurs non reconnus par une maison d’édition trouveraient enfin leur place. A la mort de Gourvec, c’est son assistante Magali qui reprend le travail.

Delphine Despero, une jeune éditrice travaillant chez Grasset, fait la connaissance d’un écrivain, Frédéric Koskas, dont elle tombe follement amoureuse après avoir découvert son premier roman, intitulé La Baignoire. Le roman ne connait pas le succès escompté mais leur histoire d’amour, si. Alors que l’été arrive, Delphine propose à Frédéric de l’accompagner chez ses parents, en Bretagne, non loin de Crozon. Frédéric en profite pour écrire son deuxième roman. Un matin, les deux amoureux se rendent en vélo à  la bibliothèque de Jean-Pierre Gourvec et découvrent avec plaisir le coin des manuscrits refusés. C’est là qu’ils font une découverte qui bouleversera non seulement leur vie, mais aussi la carrière de Delphine: un livre intitulé Les dernières heures d’une histoire d’amour.  L’histoire, écrite par un certain Henri Pick, les touche, et Delphine décide de « porter » le roman pour qu’il soit publié et enfin reconnu à sa juste valeur.

Henri Pick, mort deux ans plus tôt, n’avait pourtant rien d’un écrivain. Simple pizzaiolo, sa femme Madeleine et sa fille Joséphine ignoraient tout de son amour livresque. Delphine leur assure pourtant que le roman Les dernières heures d’une histoire d’amour a bel et bien été écrit par Henri Pick et elles finissent toutes deux par s’en laisser convaincre.

Le roman d’Henri Pick connait un succès incroyable mais c’est surtout pour l’histoire qui l’entoure: qui était donc Henri Pick? Comment a-t-on pu aussi longtemps ignorer son talent d’écriture? Ce sont les questions que tout le monde se pose. Les femmes de la vie de Pick enchainent les interviews, ce qui arrange bien Joséphine, sa fille. Cette dernière connait une gloire inespérée, ce qui lui permet de reconquérir son ex-mari Marc, qui l’avait quittée pour une autre.

Mais l’histoire de ce roman intrigue Jean-Michel Rouche, un critique littéraire autrefois connu et désormais oublié. Il va mener une enquête pour prouver que le roman dont tout le monde parle n’a pas été écrit par Henri Pick. Cette quête de vérité pour démasquer l’imposture le conduira sur des chemins inattendus.

Conclusion:

L’intrigue de départ est, à mon sens, vraiment originale, et j’ai adoré ces parcours de vie croisés, ces destins qui s’entremêlent. Je trouve merveilleuse la vision de la vie que David Foenkinos affiche dans ses romans. C’est sûrement pour ça que je prends toujours un réel plaisir à le lire. Il est d’ailleurs clairement en passe de devenir l’un de mes écrivains préférés, après William Styron et Paul Auster.

Ce qui ressort surtout de ce roman, c’est la notion de destin. On peut mener une existence morne ou triste ou malheureuse mais un jour, sans qu’on s’y attende, les choses peuvent changer. C’est ce qui est arrivé à Madeleine et Joséphine Pick, à Magali, mais aussi à Jean-Michel Rouche dans Le mystère Henri Pick. Rien n’est immuable. On baisse parfois les bras en pensant que plus rien de bien ne peut nous arriver, qu’on n’a plus rien à attendre de la vie, mais c’est une erreur. Il faut juste se laisser surprendre par les cadeaux que l’existence offre parfois. En lisant Le mystère Henri Pick, on se dit que tout est possible.

Je crois bien que ce roman est porteur d’espoir. Il l’a été pour moi en tout cas, à un moment où je n’espérais plus rien. Comme toujours, l’écriture est sobre mais elle sonne juste et le roman est captivant.

Je n’ai pas forcément l’habitude de parler de moi dans mes chroniques littéraires mais là, je ressens le besoin de le faire.  J’ai l’impression de me retrouver en écrivant cette chronique. Je me suis perdue un long moment, j’ai erré… mais j’ai retrouvé mon chemin. Le seul chemin que j’aie toujours connu: celui des livres et de l’écriture.

Voici quelques citations qui m’ont beaucoup plu:

  • « Quiconque écrit a le cœur qui bat. Une fois l’espoir brisé demeure l’amertume de l’inachevé, et mieux: une morsure du souvenir »  (Folio, p.276). On peut facilement remplacer le verbe « écrire » par « aimer »… Ça marche aussi.
  • « Il faut parfois agir de manière surprenante, déraper du quotidien en quelque sorte, pour savoir vraiment ce que l’autre pense de nous » (p.160).
  • « Il [Rouche] s’était senti complètement vide après ce qu’il avait vécu professionnellement. Il avait tenté de faire illusion, de sourire parfois, de serrer des mains d’autres fois, mais c’était comme si la mort prenait progressivement possession de son corps. Jusqu’au moment où cette histoire l’avait réveillé de manière irrationnelle. Il était persuadé que quelque chose l’attendait au bout de cette aventure… » (p.282)
  • « Face à l’état de la voiture, Brigitte fut épouvantée. Ce n’était pas grand-chose; ça se réparait facilement, argumenta Jean-Michel […] Elle avait décidé de lui faire confiance, et voilà le résultat. Brigitte se focalisa un moment sur les deux éraflures, comme si la carrosserie représentait son propre cœur. Soudain, elle se sentit épuisée de ne pas être aimée comme elle le voulait » (p.226-227).
  • « Jean-Michel s’accrochait à l’illusion que tout s’arrangerait; mais le regard de Brigitte ne laissait aucune place au doute. Cela ne servait à rien de quémander un sursis affectif. C’était fini. Il ressentit une intense brûlure dans le corps, ce qui le surprit. Desséché par les épreuves, il ne pensait pas que son coeur puisse encore être capable de saigner » (p.227).

Nos séparations (David Foenkinos)

Résultat de recherche d'images pour "nos séparations"

En ce moment, je peux dire que je suis davantage dans l’approfondissement que dans la découverte de nouveaux auteurs. Or, j’ai réalisé qu’il y avait toujours des choses à découvrir à travers chaque œuvre d’un écrivain qu’on connait déjà un peu et qu’on apprécie.

Le roman Nos séparations est assez différent des œuvres de David Foenkinos que j’ai lues auparavant (à savoir Charlotte et La Délicatesse). Je n’ai donc pas tout de suite accroché… Mais passé les cinquante premières pages, je n’ai plus lâché le livre. L’écriture est certes moins poétique que dans Charlotte par exemple mais elle est toujours aussi belle et captivante. Et l’humour de l’auteur ressort à travers Fritz, le narrateur et personnage principal du roman. J’ai donc passé un très bon moment en redécouvrant David Foenkinos dans Nos séparations.

Résumé:

Fritz et Alice forment un couple peu commun. C’est qu’ils ont tous deux une personnalité assez atypique: Fritz, qui rédige des notices pour les éditions Larousse, a tendance à s’attarder sur les détails et à tout analyser; Alice, « jeune fille de bonne famille », prof d’allemand, a son petit caractère et ses humeurs. Le couple Fritz-Alice est donc explosif: « Avec Alice, j’alternais sans cesse entre les moments d’euphorie où je voulais l’emmener en week-end sur la Lune, et les moments de violence intersidérale où je l’aurais enfouie au cœur de la Terre. Habituellement si douce et si chuchotante, elle était capable de crier subitement, de déverser des sons stridents dans mes oreilles amoureuses […] Et je n’étais pas loin de penser que l’amour rend surtout sourd » (Gallimard, p.24-25).

La vie de couple n’est donc pas de tout repos pour Alice et Fritz, qui enchainent les séparations. Ils se retrouvent toutefois presque inévitablement, aidés par leurs familles respectives, leurs amis, mais aussi par le hasard et le destin.

Dans Nos Séparations, on suit Alice et Fritz tout au long de leur vie amoureuse pimentée par les déceptions, les colères, les trahisons, les souffrances, les silences mais aussi la passion pleine, entière et donc forcément incontrôlable.

Conclusion:

Nos Séparations est un très joli roman. Il est à la fois drôle et touchant; léger et profond. J’ai été tout particulièrement marquée par un passage du livre: c’est celui du mariage avorté des deux personnages, avec les conséquences qui s’ensuivent. La souffrance de Fritz est magnifiquement bien exprimée: « Comment dire que le temps a passé, comment dire que la vie a marché sur moi pendant dix ans? […] Une chose est certaine: j’ai beaucoup changé. On ne pourrait plus me reconnaitre, et c’est peut-être ça que j’ai recherché pendant les longs mois de souffrance. J’ai tellement voulu qu’on ne puisse plus me regarder avec ce mélange de compassion et de dégoût. J’étais devenu un paria; j’étais un homme mauvais, un homme méchant, je méritais de vivre au sous-sol du monde. J’avais aussi souffert d’une injustice: le rapport entre la cause et la conséquence. Certains commettent des crimes contre l’humanité, et vivent tranquillement dans la pampa. Et moi qui avais mené une vie si rangée […] j’avais subi ce qu’aucun homme ne voudrait subir » (p.127-128).

Cette vue d’ensemble de la vie d’un couple (qu’on a en refermant le livre) est particulièrement géniale. On réalise soudain que rien n’est jamais aussi simple qu’on le croit ou bien jamais « aussi terminé » qu’on en a l’impression. Certaines personnes sont faites pour se rencontrer, pour être ensemble, mais le temps joue beaucoup sur les relations et les sentiments.

« J’avais lu une phrase qui disait: « Il y a des personnes formidables qu’on rencontre au mauvais moment, et des personnes qui sont formidables parce qu’on les rencontre au bon moment » (p.161-162). C’est si vrai…

Dans ce roman, David Foenkinos montre que les rencontres ne sont jamais vraiment liées au hasard. Il y a des signes qui ne trompent pas et il est important de les repérer. Ces signes, on ne les voit pas toujours… Ils sont pourtant là pour nous faire comprendre que chacun a ses chances de réussite dans la vie (sentimentale, professionnelle etc.) et qu’il faut les saisir au moment où elles se présentent. Après, c’est trop tard.

Nos séparations nous offre ainsi une jolie leçon de vie: profitez de chaque rencontre qui s’offre à vous. Elle pourrait s’avérer marquante ou décisive.

 

Et te voici permise à tout homme (Eliette Abecassis)

Résultat de recherche d'images pour "et te voici permise à tout homme"

« Et ce moment où Adam et Eve furent expulsés du Paradis terrestre, et Eve punie du désespoir d’être femme, dans la maternité autant que dans la féminité. Et aujourd’hui, elle avait repris à son compte la malédiction de l’homme, puisqu’elle travaillait aussi à la sueur de son front. C’est elle qui est rendue responsable de la fin du Paradis. Car dit-on, l’homme dormait pendant qu’elle se laissait séduire par le serpent. C’est elle qui tend le fruit à l’homme. C’est elle qui porte l’enfant. C’est elle qui accouche dans la douleur; et elle enfin qui est dominée par l’homme […] La femme fragile porte le fardeau du monde sur son dos » (Albin Michel, p.118)

Avec Et te voici permise à tout homme, Eliette Abecassis nous livre une œuvre absolument bouleversante qui traite d’un sujet assez sensible dans la religion juive… Elle le fait toutefois avec beaucoup de sensibilité et d’élégance.

Dans ce roman, l’héroïne, Anna Attal, cherche à obtenir le divorce de son mari Simon mais ce dernier s’y refuse. Dans la religion juive, c’est l’homme qui donne le « guet » et qui libère sa femme en lui jetant un parchemin et en lui disant les mots suivants: « Voici ton guet. Maintenant je te répudie, je t’abandonne afin que tu sois libre et maitresse de toi-même. Et te voici permise à tout homme ». Sans le guet, la femme reste prisonnière de son mari: elle ne peut pas se remarier religieusement et avoir des enfants avec un autre homme.

Eliette Abecassis raconte merveilleusement bien le calvaire de cette femme qui ne cherche qu’une seule chose: se libérer de l’emprise d’un homme qui ne l’a jamais désirée afin d’en aimer librement un autre.

Résumé:

Cela fait plus de trois ans qu’Anna Attal a obtenu le divorce civil. C’est une femme indépendante qui tient une librairie et qui élève sa fille Naomi sans recevoir la moindre pension alimentaire de la part de son ex-époux Simon. Et elle ne se plaint pas. La seule chose qu’elle demande à Simon, c’est le divorce religieux, le guet… qu’il refuse de lui donner. Anna est juive pratiquante et elle sait que sans ce guet, elle ne pourra jamais se remarier. Si jamais elle se risquait à avoir des enfants avec un autre homme, ils seraient considérés comme des « mamzerims », des « bâtards », et elle ne serait elle-même rien d’autre qu’une « femme adultère ». Or, Anna a rencontré un homme dont elle est folle amoureuse. Il s’appelle Sacha Steiner, est juif non pratiquant, et il lui enseigne tout ce qu’elle ignorait de la passion amoureuse jusque là…

Mais Anna ne peut pas aimer cet homme qui la poursuit pourtant de ses assiduités; elle ne peut pas avoir de relations sexuelles avec lui car elle est toujours considérée comme mariée selon le judaïsme et elle ne sait pas comment le dire à Sacha. Elle fait donc tout son possible pour obtenir le guet. Elle se rend au Consistoire, rencontre les rabbins chargés des divorces et entend toujours le même refrain: « La liberté, ça s’achète ». Anna cède donc à Simon sa part de l’appartement qu’elle a elle-même acheté; elle accepte de partir un week-end avec lui pour essayer de recoller les morceaux… mais rien n’y fait: il ne veut pas lui donner le guet. Et il continue à exercer sur elle un terrible chantage, réclamant toujours plus d’argent contre le papier tant désiré.

Anna se tourne donc vers une femme, Eliane Elarar, qui défend des femmes juives dans la même situation qu’elle, – des femmes prisonnières de leur époux. Eliane va l’aider à trouver une solution pour enfin sortir de son état « d’agouna », de prisonnière de son mariage, pour qu’elle puisse enfin vivre au grand jour son histoire d’amour avec Sacha, l’homme qui la comble et la rend heureuse.

Conclusion:

Et te voici permise à tout homme raconte le combat d’une femme contre une loi absurde qui assujettit la femme au bon vouloir de l’homme, et contre les institutions religieuses qui refusent de changer cet état de fait.

On peut penser qu’au XXIème siècle, ce genre de situation est rare: la femme est libre et indépendante, elle travaille etc. Mais, la vérité, c’est qu’une prison, ce n’est pas qu’une pièce avec des barreaux de fer. Une prison peut aussi être mentale… L’héroïne du roman parle de « carcans » et ces carcans sont le calvaire de bon nombre de femmes (juives ou non).

Eliette Abecassis écrit magnifiquement bien; elle écrit subtilement bien; le sujet abordé est traité avec finesse. L’auteure ne cherche pas à critiquer ou à dénigrer la religion juive: elle veut simplement montrer les dysfonctionnements qui existent dans certains de ses aspects.

Ce roman m’a été prêté par une collègue qui est tombée sous le charme de la plume d’Eliette Abecassis et maintenant, je la comprends. L’écriture d’Eliette Abecassis est simple, sans fioritures, mais riche d’une poésie incomparable. Je me dis que j’ai de la chance d’avoir des collègues, amis et élèves qui, connaissant mon amour pour les livres, me font découvrir de jolies perles au quotidien.

Citations:

  • « C’était un voyage, un départ vers un autre monde. Le monde des sens. Le monde du sens. N’est-ce donc pas le même monde? Je ressentais ce que je n’avais jamais pu connaître avec mon mari. J’avais tellement souffert de son désamour. Parfois, on croit perdre quelque chose et, en fait on ne sait pas qu’on est en train de gagner infiniment plus » (p.54).
  • « Et tout chuchote et tout conspire: mystère de la rencontre amoureuse, lorsque d’une voix on n’aspire qu’à l’unisson des heures. Dans la fulgurance d’un détour, elle rend à l’âme sa pureté, lorsque la vie l’a souillée, elle prête à la nuit sa clarté, elle soulève les cœurs condamnés, elle ravive les couleurs passées, elle est de l’hiver l’été, l’ardeur des désespérés. Et même si elle ne dure, je veux croire qu’en lieu sûr il existe encore, lorsque tout disparaît, une petite étincelle prête à s’embraser, le temps d’un souffle, le temps d’un baiser » (p.55).
  • « Le désir était une déchirure, une fulgurance, une onde, un frisson qui parcourait tout mon corps, montait, ne cessait de monter. J’étais une funambule sur un fil, entre terre et ciel, soulevée, transfigurée, transportée, aimantée par lui. Mon coeur de glace s’était mis à fondre. Il avait ouvert la brèche, il m’avait rendue humaine » (p.77-78)
  • « La sensation de manque que j’avais de Sacha me fit comprendre à quel point la passion progressait en moi chaque jour, chaque heure,, et combien je me laissais aller à ce sentiment qui n’était pas si doux. Je l’avais aimé tendrement, puis de plus en plus fort, et à présent je l’aimais violemment. J’avais besoin de lui comme de l’air pur pour respirer à travers l’asphyxie de ma vie » (p.113)