Nos séparations (David Foenkinos)

Résultat de recherche d'images pour "nos séparations"

En ce moment, je peux dire que je suis davantage dans l’approfondissement que dans la découverte de nouveaux auteurs. Or, j’ai réalisé qu’il y avait toujours des choses à découvrir à travers chaque œuvre d’un écrivain qu’on connait déjà un peu et qu’on apprécie.

Le roman Nos séparations est assez différent des œuvres de David Foenkinos que j’ai lues auparavant (à savoir Charlotte et La Délicatesse). Je n’ai donc pas tout de suite accroché… Mais passé les cinquante premières pages, je n’ai plus lâché le livre. L’écriture est certes moins poétique que dans Charlotte par exemple mais elle est toujours aussi belle et captivante. Et l’humour de l’auteur ressort à travers Fritz, le narrateur et personnage principal du roman. J’ai donc passé un très bon moment en redécouvrant David Foenkinos dans Nos séparations.

Résumé:

Fritz et Alice forment un couple peu commun. C’est qu’ils ont tous deux une personnalité assez atypique: Fritz, qui rédige des notices pour les éditions Larousse, a tendance à s’attarder sur les détails et à tout analyser; Alice, « jeune fille de bonne famille », prof d’allemand, a son petit caractère et ses humeurs. Le couple Fritz-Alice est donc explosif: « Avec Alice, j’alternais sans cesse entre les moments d’euphorie où je voulais l’emmener en week-end sur la Lune, et les moments de violence intersidérale où je l’aurais enfouie au cœur de la Terre. Habituellement si douce et si chuchotante, elle était capable de crier subitement, de déverser des sons stridents dans mes oreilles amoureuses […] Et je n’étais pas loin de penser que l’amour rend surtout sourd » (Gallimard, p.24-25).

La vie de couple n’est donc pas de tout repos pour Alice et Fritz, qui enchainent les séparations. Ils se retrouvent toutefois presque inévitablement, aidés par leurs familles respectives, leurs amis, mais aussi par le hasard et le destin.

Dans Nos Séparations, on suit Alice et Fritz tout au long de leur vie amoureuse pimentée par les déceptions, les colères, les trahisons, les souffrances, les silences mais aussi la passion pleine, entière et donc forcément incontrôlable.

Conclusion:

Nos Séparations est un très joli roman. Il est à la fois drôle et touchant; léger et profond. J’ai été tout particulièrement marquée par un passage du livre: c’est celui du mariage avorté des deux personnages, avec les conséquences qui s’ensuivent. La souffrance de Fritz est magnifiquement bien exprimée: « Comment dire que le temps a passé, comment dire que la vie a marché sur moi pendant dix ans? […] Une chose est certaine: j’ai beaucoup changé. On ne pourrait plus me reconnaitre, et c’est peut-être ça que j’ai recherché pendant les longs mois de souffrance. J’ai tellement voulu qu’on ne puisse plus me regarder avec ce mélange de compassion et de dégoût. J’étais devenu un paria; j’étais un homme mauvais, un homme méchant, je méritais de vivre au sous-sol du monde. J’avais aussi souffert d’une injustice: le rapport entre la cause et la conséquence. Certains commettent des crimes contre l’humanité, et vivent tranquillement dans la pampa. Et moi qui avais mené une vie si rangée […] j’avais subi ce qu’aucun homme ne voudrait subir » (p.127-128).

Cette vue d’ensemble de la vie d’un couple (qu’on a en refermant le livre) est particulièrement géniale. On réalise soudain que rien n’est jamais aussi simple qu’on le croit ou bien jamais « aussi terminé » qu’on en a l’impression. Certaines personnes sont faites pour se rencontrer, pour être ensemble, mais le temps joue beaucoup sur les relations et les sentiments.

« J’avais lu une phrase qui disait: « Il y a des personnes formidables qu’on rencontre au mauvais moment, et des personnes qui sont formidables parce qu’on les rencontre au bon moment » (p.161-162). C’est si vrai…

Dans ce roman, David Foenkinos montre que les rencontres ne sont jamais vraiment liées au hasard. Il y a des signes qui ne trompent pas et il est important de les repérer. Ces signes, on ne les voit pas toujours… Ils sont pourtant là pour nous faire comprendre que chacun a ses chances de réussite dans la vie (sentimentale, professionnelle etc.) et qu’il faut les saisir au moment où elles se présentent. Après, c’est trop tard.

Nos séparations nous offre ainsi une jolie leçon de vie: profitez de chaque rencontre qui s’offre à vous. Elle pourrait s’avérer marquante ou décisive.

 

Publicités

Et te voici permise à tout homme (Eliette Abecassis)

Résultat de recherche d'images pour "et te voici permise à tout homme"

« Et ce moment où Adam et Eve furent expulsés du Paradis terrestre, et Eve punie du désespoir d’être femme, dans la maternité autant que dans la féminité. Et aujourd’hui, elle avait repris à son compte la malédiction de l’homme, puisqu’elle travaillait aussi à la sueur de son front. C’est elle qui est rendue responsable de la fin du Paradis. Car dit-on, l’homme dormait pendant qu’elle se laissait séduire par le serpent. C’est elle qui tend le fruit à l’homme. C’est elle qui porte l’enfant. C’est elle qui accouche dans la douleur; et elle enfin qui est dominée par l’homme […] La femme fragile porte le fardeau du monde sur son dos » (Albin Michel, p.118)

Avec Et te voici permise à tout homme, Eliette Abecassis nous livre une œuvre absolument bouleversante qui traite d’un sujet assez sensible dans la religion juive… Elle le fait toutefois avec beaucoup de sensibilité et d’élégance.

Dans ce roman, l’héroïne, Anna Attal, cherche à obtenir le divorce de son mari Simon mais ce dernier s’y refuse. Dans la religion juive, c’est l’homme qui donne le « guet » et qui libère sa femme en lui jetant un parchemin et en lui disant les mots suivants: « Voici ton guet. Maintenant je te répudie, je t’abandonne afin que tu sois libre et maitresse de toi-même. Et te voici permise à tout homme ». Sans le guet, la femme reste prisonnière de son mari: elle ne peut pas se remarier religieusement et avoir des enfants avec un autre homme.

Eliette Abecassis raconte merveilleusement bien le calvaire de cette femme qui ne cherche qu’une seule chose: se libérer de l’emprise d’un homme qui ne l’a jamais désirée afin d’en aimer librement un autre.

Résumé:

Cela fait plus de trois ans qu’Anna Attal a obtenu le divorce civil. C’est une femme indépendante qui tient une librairie et qui élève sa fille Naomi sans recevoir la moindre pension alimentaire de la part de son ex-époux Simon. Et elle ne se plaint pas. La seule chose qu’elle demande à Simon, c’est le divorce religieux, le guet… qu’il refuse de lui donner. Anna est juive pratiquante et elle sait que sans ce guet, elle ne pourra jamais se remarier. Si jamais elle se risquait à avoir des enfants avec un autre homme, ils seraient considérés comme des « mamzerims », des « bâtards », et elle ne serait elle-même rien d’autre qu’une « femme adultère ». Or, Anna a rencontré un homme dont elle est folle amoureuse. Il s’appelle Sacha Steiner, est juif non pratiquant, et il lui enseigne tout ce qu’elle ignorait de la passion amoureuse jusque là…

Mais Anna ne peut pas aimer cet homme qui la poursuit pourtant de ses assiduités; elle ne peut pas avoir de relations sexuelles avec lui car elle est toujours considérée comme mariée selon le judaïsme et elle ne sait pas comment le dire à Sacha. Elle fait donc tout son possible pour obtenir le guet. Elle se rend au Consistoire, rencontre les rabbins chargés des divorces et entend toujours le même refrain: « La liberté, ça s’achète ». Anna cède donc à Simon sa part de l’appartement qu’elle a elle-même acheté; elle accepte de partir un week-end avec lui pour essayer de recoller les morceaux… mais rien n’y fait: il ne veut pas lui donner le guet. Et il continue à exercer sur elle un terrible chantage, réclamant toujours plus d’argent contre le papier tant désiré.

Anna se tourne donc vers une femme, Eliane Elarar, qui défend des femmes juives dans la même situation qu’elle, – des femmes prisonnières de leur époux. Eliane va l’aider à trouver une solution pour enfin sortir de son état « d’agouna », de prisonnière de son mariage, pour qu’elle puisse enfin vivre au grand jour son histoire d’amour avec Sacha, l’homme qui la comble et la rend heureuse.

Conclusion:

Et te voici permise à tout homme raconte le combat d’une femme contre une loi absurde qui assujettit la femme au bon vouloir de l’homme, et contre les institutions religieuses qui refusent de changer cet état de fait.

On peut penser qu’au XXIème siècle, ce genre de situation est rare: la femme est libre et indépendante, elle travaille etc. Mais, la vérité, c’est qu’une prison, ce n’est pas qu’une pièce avec des barreaux de fer. Une prison peut aussi être mentale… L’héroïne du roman parle de « carcans » et ces carcans sont le calvaire de bon nombre de femmes (juives ou non).

Eliette Abecassis écrit magnifiquement bien; elle écrit subtilement bien; le sujet abordé est traité avec finesse. L’auteure ne cherche pas à critiquer ou à dénigrer la religion juive: elle veut simplement montrer les dysfonctionnements qui existent dans certains de ses aspects.

Ce roman m’a été prêté par une collègue qui est tombée sous le charme de la plume d’Eliette Abecassis et maintenant, je la comprends. L’écriture d’Eliette Abecassis est simple, sans fioritures, mais riche d’une poésie incomparable. Je me dis que j’ai de la chance d’avoir des collègues, amis et élèves qui, connaissant mon amour pour les livres, me font découvrir de jolies perles au quotidien.

Citations:

  • « C’était un voyage, un départ vers un autre monde. Le monde des sens. Le monde du sens. N’est-ce donc pas le même monde? Je ressentais ce que je n’avais jamais pu connaître avec mon mari. J’avais tellement souffert de son désamour. Parfois, on croit perdre quelque chose et, en fait on ne sait pas qu’on est en train de gagner infiniment plus » (p.54).
  • « Et tout chuchote et tout conspire: mystère de la rencontre amoureuse, lorsque d’une voix on n’aspire qu’à l’unisson des heures. Dans la fulgurance d’un détour, elle rend à l’âme sa pureté, lorsque la vie l’a souillée, elle prête à la nuit sa clarté, elle soulève les cœurs condamnés, elle ravive les couleurs passées, elle est de l’hiver l’été, l’ardeur des désespérés. Et même si elle ne dure, je veux croire qu’en lieu sûr il existe encore, lorsque tout disparaît, une petite étincelle prête à s’embraser, le temps d’un souffle, le temps d’un baiser » (p.55).
  • « Le désir était une déchirure, une fulgurance, une onde, un frisson qui parcourait tout mon corps, montait, ne cessait de monter. J’étais une funambule sur un fil, entre terre et ciel, soulevée, transfigurée, transportée, aimantée par lui. Mon coeur de glace s’était mis à fondre. Il avait ouvert la brèche, il m’avait rendue humaine » (p.77-78)
  • « La sensation de manque que j’avais de Sacha me fit comprendre à quel point la passion progressait en moi chaque jour, chaque heure,, et combien je me laissais aller à ce sentiment qui n’était pas si doux. Je l’avais aimé tendrement, puis de plus en plus fort, et à présent je l’aimais violemment. J’avais besoin de lui comme de l’air pur pour respirer à travers l’asphyxie de ma vie » (p.113)

 

La délicatesse (David Foenkinos)

« Il fallait sûrement y voir quelque chose de simple, et que l’on peut définir ainsi: la peur du bonheur. On dit que l’on voit les plus beaux moments de sa vie défiler avant de mourir. Il parait aussi plausible de voir les ravages et ratages du passé défiler au moment où le bonheur est là, devant nous, avec un sourire presque inquiétant » (Gallimard, p.128).

La délicatesse est un très joli roman de David Foenkinos. J’avais adoré son œuvre Charlotte et je n’ai pas été déçue par La délicatesse. David Foenkinos a un regard particulier sur les choses, sur la vie. J’aime sa façon d’écrire de manière poétique et subtile sur des sujets à priori classiques. Dans ce roman, il est question de relations amoureuses et de destinée.

Tout parait beau et simple au début de l’œuvre alors que rien ne l’est jamais vraiment, exactement comme dans la vie réelle… C’est donc la vie et ses rencontres inattendues que David Foenkinos raconte dans La délicatesse; c’est la vie et ses vicissitudes qu’il saisit avec une justesse et un talent incroyables. En fermant ce roman (que j’ai lu en à peine deux heures), je me suis juste dit: « C’est vraiment très beau ».

Résumé:

Nathalie, une jeune et jolie femme, est abordée par un homme, – François -, dans la rue. Ils se retrouvent autour d’un verre et tombent très vite amoureux. Ils se marient et vivent heureux, un peu comme dans un conte de fée: « Nathalie avait parfois l’impression que les gens enviaient son bonheur. C’était diffus, rien de vraiment concret, juste un sentiment passager » (p.26).

Le conte de fée prend fin le jour où François meurt subitement suite à un accident. Nathalie se retrouve alors seule et désemparée. Son patron, Charles Delamain, vient souvent lui rendre visite. Il est amoureux d’elle depuis des années et il espère pouvoir obtenir ce dont il rêve maintenant que le mari de Nathalie ne fait plus partie du tableau…

Quand la jeune femme retrouve la force de reprendre le travail (elle travaille dans une entreprise suédoise), elle s’y noie totalement et ne compte pas ses heures.  Charles lui offre donc assez rapidement une promotion qui lui permet d’être à la tête d’une équipe de six personnes. Pour fêter cette promotion, Charles l’invite au restaurant. Il lui fait des avances… qu’elle repousse clairement et franchement.

Nathalie ne quitte pas son travail pour autant. Elle s’y investit encore bien plus car ce travail, c’est tout ce qui lui reste: « Elle était fière de ce qu’elle parvenait à faire. Elle passait au bureau même le week-end, emportait du travail chez elle, oubliait les horaires. Il y aurait forcément un moment où elle s’écroulerait d’épuisement, mais pour l’instant elle n’avançait que grâce à cette adrénaline suédoise » (p.66).

Un jour, Nathalie est prise d’une impulsion soudaine alors que l’un de ses subordonnés, Markus, un suédois « doté d’un physique plutôt désagréable » se trouve dans son bureau. Un baiser, un simple baiser, va venir modifier le cours de l’existence de ces deux individus éprouvés par la vie.

« Son sentiment était peut-être exagéré , mais la vitesse de la rumeur alliée à une certaine malveillance, tout cela lui inspirait un dégoût qui faisait écho à cette période trouble. Elle ne comprenait pas pourquoi son histoire avec Markus intéressait autant. Était-ce à cause de lui? De ce qu’il dégageait? Est-ce ainsi que l’on perçoit les unions peu rationnelles? Mais c’est absurde: existe-il moins logique qu’une affinité? » (p.175)

Conclusion:

Encore une fois, ce roman arrive à point nommé dans ma vie. Certaines petites phrases m’ont touchée tout particulièrement et m’ont fait prendre conscience que dans la vie, il faut savoir prendre des risques. Nous sommes gouvernés au quotidien par nos peurs; ces dernières nous dictent la marche à suivre et c’est souvent une erreur… car la peur n’est pas bonne conseillère:

« Il pensa surtout qu’il ne devait plus avoir peur, qu’il avait été ridicule de reculer ainsi, de se protéger. On ne devrait jamais faire l’économie d’une douleur potentielle […] Il continuait de penser que tout cela pouvait le mener vers la souffrance, la déception, l’impasse affective la plus terrifiante qui soit. Pourtant, il avait envie d’y aller. Il avait envie de partir pour une destination inconnue. Rien n’était tragique. Il savait qu’il existait des navettes entre l’île de la souffrance, celle de l’oubli, et celle, plus lointaine encore, de l’espoir » (p.137).

Je dois dire que ce roman m’a fait forte impression. Il est riche en poésie et en espoir. J’aime vraiment la plume de David Foenkinos et chacune de ses œuvres est un régal.

Le visiteur (Eric-Emmanuel Schmitt)

Afficher l'image d'origineC’est une très jolie pièce de théâtre que m’a prêtée l’une de mes élèves. Elle voulait me la faire découvrir parce qu’elle l’avait elle-même beaucoup aimée et qu’elle l’avait marquée. La littérature se partage, ça ne fait aucun doute. Elle pensait que j’apprécierais de lire Le Visiteur d’Eric-Emmanuel Schmitt… et elle avait raison.

Le visiteur est une pièce qui met en scène Sigmund Freud et sa fille Anna au cours d’une soirée, celle du 22 avril 1938. L’Europe est alors en pleine transformation car les nazis ont pris le pouvoir. Freud, affaibli par un cancer, se demande encore s’il doit quitter l’Autriche, sa patrie adorée…

La pièce est très bien écrite et elle se lit facilement. En plus des dialogues percutants, on trouve une certaine profondeur dans l’analyse de questions philosophiques sur l’Homme et l’absurdité de l’existence. En plus de divertir, Le Visiteur fait donc vraiment réfléchir.

Résumé:

Sigmund Freud et sa fille Anna sont sans cesse dérangés chez eux par un officier nazi qui cherche à leur extorquer de l’argent. Connaissant la notoriété du Dr Freud, le nazi est persuadé d’avoir trouvé le bon filon. Il en profite en même temps pour cracher sa haine du juif: « Ce qui me dégoûte chez vous, les juifs, c’est que vous ne résistez même pas » (Actes Sud-Papiers, p.13).

Anna Freud, qui a un caractère bien trempé, ne se laisse pas faire. Elle est donc embarquée par le nazi et conduite à la Gestapo. Freud se retrouve donc seul et désespéré dans son salon… jusqu’à ce qu’un homme débarque de nulle part pour lui parler. Cet homme en est-il vraiment un? C’est la question que le psychanalyste va inévitablement se poser. Car l’homme sait beaucoup de choses sur l’existence du Dr Freud, des choses que personne à part lui ne pouvait savoir. Le visiteur est-il un fou échappé de l’asile ou l’incarnation d’une puissance supérieure? Tout le mystère de la pièce repose là-dessus. Freud et le visiteur discutent de l’absurdité de l’existence, de Dieu, de la foi, de l’Homme pour essayer de comprendre pourquoi le monde est soudain devenu fou.

Après avoir passé une soirée aussi éprouvante, Freud prendra une décision qui bouleversera son existence, ainsi que celle des autres membres de sa famille…

Conclusion:

Le Visiteur est une courte pièce qui se lit en à peine une heure. On ne l’oublie en revanche pas en une heure. Car elle profonde et vraiment percutante. On entre dans l’univers et l’intimité du Dr Freud, on partage ses croyances et ses doutes…

J’ai pour ma part beaucoup aimé le personnage d’Anna. C’est une jeune femme téméraire et intelligente: elle ose répondre au nazi en faisant preuve d’esprit, ce qui ajoute une touche d’humour bienvenue dans le cadre sombre de la pièce.

« Papa, as-tu vu comme ses bottes brillent? […] Sûr qu’il doit passer des heures à les astiquer, ses bottes! […] (Au nazi) Depuis combien de temps n’as-tu pas fait l’amour? Auprès des femmes, n’est-ce pas, tu as beaucoup plus de mal à te faire reluire? » (p.14).

Citations:

  • « Il y a des hommes qui ont le pouvoir de raconter des histoires que chacun croit être siennes: ce sont les écrivains » (p.27)
  • « Ah, monsieur le Gestapiste, j’ai trouvé ce que j’ai de juif et que vous n’avez pas…: dans quelques jours, nous serons sur les routes de l’exode, ma femme, mes enfants et moi, avec nos valises et nos baluchons; nous aurons été chassés; ce doit être cela, un juif » (Freud, p.36).
  • « Sans amour, il n’y a que solitude. Si je n’aimais pas Anna, Martha, mes fils, aurai-je pu continuer à vivre? » (Freud, p.39)
  • « FREUD:  Alors pourquoi l’avoir fait, ce monde? L’INCONNU: Pour la raison qui fait faire toutes les bêtises, pour la raison qui fait tout faire, sans quoi rien ne serait… par amour » (p. 53)
  • « Jusqu’à ce soir, tu pensais que la vie était absurde. Désormais tu sauras qu’elle est mystérieuse » (L’inconnu, p.62).

Comme à la fin des contes de fées (Massimo Gramellini)

 

Afficher l'image d'origine« Pourquoi la santé, la richesse, l’intelligence sont-elles distribuées de manière si partiale? Et surtout: pourquoi l’amour peut-il nous être enlevé à l’improviste? Son désarroi était trop grand pour qu’il puisse comprendre que celui qui refuse la douleur refuse la compassion; on refuse l’amour de crainte qu’il ne nous soit enlevé à nouveau (Robert Laffont, p.273)

C’est un livre qui m’est, une fois de plus, tombé entre les mains.  Je ne l’ai pas cherché, on ne me l’a pas recommandé: je l’ai vu sur un étal de bibliothèque, je l’ai pris, j’ai lu la quatrième de couverture et je suis tombée sous le charme. Je me suis dit que je risquais de ne pas adhérer parce que j’ai tendance à fuir l’univers du merveilleux… J’aime le réaliste, ce à quoi je peux me rattacher, me raccrocher. Et bien, une fois de plus, j’ai réalisé que j’aurais fait une terrible erreur si j’étais restée sur mes certitudes car j’ai adoré Comme à la fin des contes de fées, le premier roman de Massimo Gramellini.

Cette œuvre, qualifiée de « conte moderne », est magnifique, toute en finesse et en subtilité.  Elle parle d’amour, de solitude, de souffrance et de recherche de soi. On ne s’ennuie pas une seconde à la lecture des 296 pages qui la constituent.

Résumé:

« Tomàs est un déserteur sentimental »: voilà la première phrase du résumé qui apparaît sur la quatrième de couverture. Qu’est-ce qu’un déserteur sentimental? C’est tout simplement une personne qui fuit l’amour. Effrayé à l’idée de s’investir dans une relation qu’il verra inéluctablement s’évaporer, Tomàs choisit de fuir l’engagement: « Ariane était exactement le genre de fille dont il aurait pu tomber amoureux. Avant qu’il ne soit trop tard, il devait prendre ses jambes à son cou et disparaître » (p.15). Seulement, le soir du rendez-vous, Ariane appelle pour décommander. Tomàs en est affecté et il sort prendre l’air en bord de mer, exactement comme il le faisait quand il était enfant. Il utilise le billet de banque sur lequel le numéro d’Ariane est inscrit pour s’acheter à manger puis il part se promener. Alors qu’il est au bord de l’eau, Tomàs se fait agresser par des hommes et s’évanouit.

Le personnage se retrouve alors plongé dans un monde parallèle: les Thermes de l’Âme. Commence un long parcours initiatique dans ces Thermes qui regorgent de conseillers mystérieux. Il s’agit pour Tomàs de se retrouver, – de retrouver son moi profond – et d’entrer en communication avec son âme car cette dernière est la clé qui ouvre toutes les portes. Au cours de son parcours, Tomàs va rencontrer des gens aussi désabusés et malheureux que lui (dont Morena, une actrice qui s’éprend d’hommes incapables de l’aimer) qui l’aideront à avancer. Il partira ainsi à la recherche des failles de son passé et fera tout son possible pour tirer des leçons de ses erreurs, l’objectif étant d’apprendre à s’aimer pour être capable d’aimer les autres…

Conclusion:

Comme à la fin des contes de fées est un très joli roman. Il est riche en philosophie; il contient un nombre impressionnant de petites phrases qui touchent et font réfléchir. Massimo Gramellini, journaliste de profession, a un style d’une profondeur incroyable et il a fait un sacré travail sur ce premier roman.

J’ai vraiment l’impression que ce livre m’est tombé entre les mains au moment le plus opportun… J’ai assez facilement réussi à m’identifier au personnage principal, mais aussi à d’autres comme Morena. Je me suis retrouvée dans leur cynisme; leurs peurs sont aussi les miennes. Cette lecture m’a donc énormément apporté; elle m’a inspirée pour mes propres écrits et j’espère qu’elle fera le même effet à tous ceux qui auront la chance de se la procurer.

Citations:

  • « Elle s’était cherchée dans l’alcool et dans la drogue, pour ne trouver que méprises et illusions. Elle avait dévoré et vomi des plateaux entiers d’éclairs, toujours à la recherche d’un gâteau à la saveur perdue. Et elle avait aimé des hommes uniquement capables de l’exploiter. Comme tous ceux qui ont peu d’affection pendant l’enfance, elle était attirée par ceux qui promettaient de la faire souffrir » (Morena, p.102)
  • « Elle avait appris à cacher son désespoir derrière un bagout de bateleur, parce qu’à la longue les gens se lassent de ceux qui sont toujours tristes » (p.102).
  • « L’Indigne de confiance est une ombre qui me persécute depuis toujours. Je ne connais que des hommes qui ont peur d’aimer, des passions superficielles, des visages de vaincus » (Morena, p.156).
  • « Cette eau a réveillé ma peur la plus profonde: être abandonnée par quelqu’un qui m’a laissé entrevoir la possibilité d’un amour authentique » (Morena, p.157).
  • « – Pourquoi devrait-on fuir une personne que l’on désire? demanda-t-elle […]. Il est certains qu’avec les hommes… Vous nous demandez d’être indépendantes, mais si nous le sommes vraiment, cela vous dérange. D’être sans inhibition, et vous voilà saisis par l’angoisse de la performance. De plaire à vos amis, et vous devenez jaloux. Vous nous voulez maternelles, pourtant dès que nous rêvons d’un enfant réel vous vous envolez comme des moineaux affolés. Pleines de personnalité, mais vous fuyez celles que vous n’êtes plus capables de maîtriser, les décrivant comme des animaux cruels…

          -Et vous, vous ne nous demandez jamais rien?

          -Une seule chose: la sécurité. Et souvent, c’est encore à nous de vous la donner, elle aussi… » (p.157).

  • « Tu te trompes, Tomàs. Combien de fois ai-je entendu un homme m’accuser de l’avoir repoussé parce qu’il avait le nez de travers ou qu’il n’avait pas les moyens de me balader dans une voiture de luxe. Pourtant, les vraies raisons n’étaient pas là. Ce qu’une femme comme moi trouve beau chez un homme, c’est sa force vitale: ce mélange de fierté, de gentillesse et de résolution qui vous rend séduisants, bien plus qu’un nez parfait ou qu’une voiture puissante » (p.162).
  • « Tous veulent en [des émotions] éprouver, mais rares sont ceux qui savent les dominer. Détachement: voilà un mot que l’homme a réussi à ruiner » (p.172)
  • « Si tu me téléphones vingt-sept fois par jour pour m’inviter à sortir, et si chaque fois je te réponds que je suis enrhumée, il est inutile que tu continues à te demander si je suis folle amoureuse de toi, bien que de santé délicate. Il est plus probable que je me porte comme un charme et que je ne sois pas du tout intéressée. […] En revanche, continua-t-elle, imperturbable, si je fais cent kilomètres à la nage pour venir te dire que tu es un imbécile, si tu baisses le son tu saisiras dans mon geste un signe de passion, sans erreur possible »(p.173-174).
  • « Les chagrins adultes naissent d’une décision prise longtemps auparavant, parce que la sagesse se perd tôt, conclut le Médecin des Eaux » (p.184).
  • « Dans la vie le talent a beau être tout… il ne vaut rien sans le caractère… une pure potentialité… S’il n’y a pas la ténacité pour lui donner une forme… souviens-toi… l’oxygène qui tient ton âme en vie, c’est la volonté de réaliser tes rêves… » (Robert Laffont, p.196).
  • « L’amour est une bête qui te dévore le cœur avant de disparaître » (p.209).
  • « Je ne sais pas si quelqu’un t’a jamais quitté, poursuivit Tomàs. Si tu as connu cette déchirure soudaine au creux de l’estomac. Lorsque la séparation devient une obsession et se mêle à la peur de ne plus jamais retrouver quelque chose de pareil à ce que tu viens de perdre » (p.216).
  • « Dans les sentiments, ce sont les gestes qui comptent, pas les intonations. Quand les problèmes commencent à montrer le bout du nez, les gens cessent de donner de l’amour et commencent à en parler » (p.217).
  • « Tout dans l’Univers est Deux, et tout aspire à redevenir Un: lumière et ténèbres, bien et mal, âme et corps. Seule la rencontre entre les contraires engendre l’unité » (p.262).
  • « L’amour est un aimant qui entre en action lorsque ton extérieur est la copie de l’intérieur d’une autre personne. Ce n’est que si vous vous mêlez l’un à l’autre que tu te sentiras complet » (p.263)
  • « Tu t’éprends d’une personne inadéquate parce que cela te confirme dans l’idée négative que tu as de toi-même. L’amour désespéré semble toujours le plus passionné […] Si la fusion n’est pas réciproque, cela signifie que ce n’est pas ton âme sœur […] Tu ne te connais pas encore toi-même, tu es donc attiré par une personne inadéquate et tu te mets en tête que tu es tombé sur la bonne personne » (p.263-264)
  • « … celui qui n’aiment que les personnes qui l’aiment est immature. Exactement d’ailleurs comme celui qui n’aime que celles qui ne l’aiment pas. Dans les deux cas, il fuit le véritable amour parce qu’il n’a pas encore appris à le connaître à l’intérieur de lui-même » (p.264-265).

Manderley For Ever (Tatiana de Rosnay)

Afficher l'image d'origineJe ne connaissais Daphné du Maurier que de nom avant de lire Manderley For Ever. J’avais entendu parler des nouvelles et romans adaptés au cinéma (comme Les Oiseaux, réalisé par A. Hitchcock) mais je ne savais pas vraiment qui était l’écrivaine qui se cachait derrière. Dans Manderley For Ever, Tatiana de Rosnay retrace la vie de Daphné du Maurier dans ses moindres détails. J’avoue que j’ai trouvé l’œuvre un peu dérangeante dans le sens où elle ressemble davantage à un roman qu’à une biographie. Tatiana de Rosnay décrit le quotidien de l’une de ses romancières préférées comme si elle était à ses côtés à chaque moment et Manderley For Ever tient plutôt de la fiction que de la réalité…

Il est pourtant clair que Tatiana de Rosnay s’est bien documentée sur Daphné du Maurier. Elle est allée sur « le terrain », a parlé aux enfants et petits-enfants de Daphné du Maurier, a fouillé dans les archives… Les informations qu’elle fournit ne sont donc pas inventées de toutes pièces: c’est le récit qu’elle en fait qui est un peu étrange pour une biographie. C’est comme si Tatiana de Rosnay essayait de lire dans les pensées les plus intimes de Daphné du Maurier… ce qui met un peu mal à l’aise parce que Daphné du Maurier n’est pas un personnage de fiction. L’histoire racontée n’en est toutefois pas peu intéressante. Elle est longue (l’œuvre fait un peu plus de 500 pages) mais elle se lit.

Résumé:

Daphné du Maurier est la seconde fille de Gerald et Muriel du Maurier. Sa famille est illustre: son grand-père George du Maurier (dit Kiki) était écrivain, son père et sa mère étaient de célèbres comédiens… Tout la prédestine donc à une carrière artistique.

Daphné est la préférée de son père Gerald. Elle est vive, intelligente et créative. Depuis toute petite, elle se considère comme un garçon. C’est pourquoi elle s’invente un alter ego masculin, Eric Avon. C’est aussi parce qu’elle sait que son père aurait aimé avoir un garçon… La relation que Daphné a avec son père est quasi-incestueuse et, à l’adolescence, la jeune fille finit par se sentir étouffée par celui qui surveille toutes ses sorties.

Fascinée par la France du fait de ses origines, Daphné convainc ses parents de la laisser partir y étudier. Alors qu’elle se trouve dans un pensionnat de Meudon, elle se lie d’amitié avec la directrice de l’établissement, Fernande Yvon, qui a une dizaine d’années de plus qu’elle. C’est bien plus que de l’amitié en fait… Car c’est avec Fernande (dite Ferdie) que Daphné découvre les plaisirs de l’amour.

Daphné est une jeune femme passionnée (dans tous les sens du terme): elle aime les relations amoureuses, elle aime l’écriture, et elle aime la vie en général. Il est vrai toutefois qu’elle s’attache davantage aux lieux qu’aux personnes… C’est pour ça qu’elle tombe folle amoureuse de Ferryside, – la maison achetée par ses parents à Fowey (en Cornouailles) -, puis de Menabilly, le manoir qui inspirera Manderley, – domaine de Maxim de Winter dans le roman Rebecca –. C’est dans ces lieux que les idées de nouvelles et de romans surgissent ou « infusent » (selon le code langagier des trois sœurs du Maurier).

En 1932, Daphné rencontre le major Tommy Browning, qui deviendra son époux et sera le grand amour de sa vie. Ensemble, ils auront trois enfants: Tessa, Flavia et Kits. La vie des Browning ne sera jamais vraiment de tout repos. Entre la carrière militaire de Tommy et le succès littéraire international grandissant de Daphné, les problèmes à gérer vont vite s’accumuler. La vie de Daphné du Maurier est toutefois trépidante car elle se partage entre écriture, passions amoureuses, famille, voyages et rencontres.

Conclusion:

Je n’ai pas été éblouie ou émerveillée par Manderley For Ever. J’ai bien aimé, c’est tout. J’ai en revanche un peu de mal avec le style de Tatiana de Rosnay… Ses phrases sont longues, étrangement ponctuées, et le livre traîne parfois sur des longueurs.

C’est surtout l’histoire de la vie de Daphné du Maurier qui vaut le détour. On la découvre complexe, torturée, atypique. Elle vit par et pour l’écriture et ça, c’est impressionnant. Je me suis un peu retrouvée en elle, je l’avoue… C’est pour cela que certains passages de Manderley For Ever m’ont particulièrement marquée:

  • « D’autres jeunes filles de son âge songent à se marier, à fonder une famille, ce n’est pas dans ses intentions, un jour, peut-être, mais dans l’instant présent, c’est écrire qui prend le dessus, écrire et gagner sa vie, vivre de sa plume, ne dépendre de personne, ni d’un mari ni de ses parents »(Albin Michel, p.168).
  • « Voilà comment se nourrissent les romans, d’ardeurs et d’obsessions, tout ce qu’on ne peut exposer au monde extérieur au risque de passer pour une démente, tout ce que ces abrutis de juges n’ont jamais su, ni anticipé, tout ce qui se trame dans l’âme des écrivains, fragments de vérité et de fantasmes, argile personnelle façonnée et pétrie à souhait dans les dédales d’un labyrinthe de l’intime interdit aux visiteurs et aux curieux » (p.353).
  • « Daphné s’y abandonne, persuadée que si elle ne les couche pas sur papier, elle en perdra la raison. Écrire devient sa bouée de sauvetage, sa manière de lutter contre la paranoïa et les angoisses des derniers temps » (p.406).
  • « Pourquoi la persistance de cet attrait pour les ténèbres? […] Elle préfère faire peur, déranger, donner le frisson, empêcher de dormir, que de se ranger du côté du lisse, de l’évident, de l’oubliable » (p. 478).
  • « Un romancier qui n’écrit plus est une entité sans vie. Un mort vivant » (p.513).

 

 

Face aux ténèbres- Chronique d’une folie (William Styron)

Afficher l'image d'origineComme j’ai beaucoup de mal à avancer dans mes lectures en ce moment mais que je tiens quand même à parler littérature (c’est un  besoin réel), je vais vous parler d’une œuvre que j’ai lue et relue plus d’une fois. Il s’agit d’un diamant d’une incroyable rareté, une œuvre à caractère autobiographique signée William Styron. Je parle beaucoup de ses romans si bien écrits, si touchants et si vrais mais je me suis rendue compte que je n’avais pas publié d’article sur Darkness Visible − A Memoir of Madness, traduit en français par Face aux ténèbres- Chronique d’une folie. Dans cette œuvre, Styron fait le récit d’une période particulièrement  douloureuse de sa vie marquée par une terrible maladie: la dépression.

Au départ, je pensais qu’il était préférable de lire ce récit autobiographique après avoir lu et étudié les romans de William Styron.  Darkness Visible − A Memoir of Madness est une œuvre tellement personnelle et intimiste qu’on pourrait croire que la lire sans en connaître l’auteur n’est pas une bonne idée… Mais c’est faux: Styron parle d’un mal qui touche énormément de monde; il parle d’une souffrance dont personne n’ose vraiment parler et dont on a généralement beaucoup de mal à se défaire. La dépression est expliquée et racontée par un William Styron d’une grande pudeur, certes, mais aussi d’une incroyable sincérité.

Résumé:

Dans ce livre, Styron parle de la grave dépression nerveuse qui l’a heurté de plein fouet dans les années 80, alors qu’il était déjà connu et reconnu. Il parle mais aussi de la dépression vécue par bon nombre de ses amis artistes (notamment Romain Gary). On découvre un William Styron torturé, hanté par la maladie des années durant. Il explique comment la dépression nerveuse a influencé son œuvre littéraire. En effet, trois de ses héros finissent leur vie par un suicide : Peyton Loftis (Un lit de ténèbres), Nathan Landau, et Sophie (Le choix de Sophie).

Styron a vécu un enfer pendant un long moment, songeant à maintes reprises au suicide. Il est finalement hospitalisé après de nombreuses tentatives pour essayer de s’en sortir (médicaments, psychothérapie…) Grâce à la présence de sa femme Rose, – toujours si aimante et bienveillante -, mais aussi grâce à son incroyable courage, William Styron réussit à s’en sortir. Il lance donc un véritable message d’espoir à travers ce livre :

 » Quant à ceux qui ont séjourné dans la sombre forêt de la dépression, et connu son inexplicable torture, leur remontée de l’abîme n’est pas sans analogie avec l’ascension du poète, qui laborieusement se hisse pour échapper aux noires entrailles de l’enfer et émerge enfin dans ce qui lui apparaît comme « le monde radieux ». Là, quiconque a recouvré la santé, a presque toujours également recouvré l’aptitude à la sérénité et à la joie, et c’est peut-être là une compensation suffisante pour avoir enduré cette désespérance au-delà de la désespérance » (Gallimard, 1990, p. 128).

Dans cette œuvre, William Styron cherche de toutes ses forces à comprendre l’origine de la maladie qu’il renomme « tempête sous un crâne ». Tout réussissait à cet écrivain et pourtant, la dépression ne l’a pas épargné. C’est que la « tempête sous un crâne » est susceptible de toucher n’importe qui, à n’importe quel moment. Et malgré ce qu’on pense quand on est au beau milieu de cette tempête, malgré que la notion de vie en couleur n’existe plus, que seul le noir nous habite et nous hante, il est possible d’en sortir vivant. Vivant et plus fort. Extraordinairement fort.

Conclusion:

Pour ceux qui connaissent et aiment William Styron, Face aux ténèbres est une véritable merveille. Une pure merveille. Pour les autres, ce sera très certainement la même chose. Cette œuvre nous permet de découvrir l’écrivain de manière différente, intime, au cours d’une période extrêmement difficile de sa vie, – peut-être la plus difficile -. William Styron parle de la dépression nerveuse sous toutes les formes et il se confie à nous, ses lecteurs. N’est-ce pas une incroyable marque de confiance? En existe-t-il de plus belles?  Je ne crois pas.